EXTRAITS DU PREMIER RAPPORT MONDIAL SUR LA VIOLENCE ET LA SANTE PAR L'O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé)

 

Communiqué de l'OMS/73 / octobre 2002


Le rapport mondial sur la violence et la santé est le premier rapport complet du genre à envisager la violence comme un problème de santé publique mondial. La violence fait chaque année plus de 1,6 million de morts . Outre les décès dus à la violence, des millions de personnes subissent des traumatismes et sont confrontées à des problèmes physiques et à des problèmes de santé sexuelle, génésique et mentale selon le premier rapport Mondial de la Santé (O.M.S.). Pour les experts de la santé publique, ces statistiques ne constituent que la pointe de l'iceberg, la majorité des actes de violence étant commis loin des regards, sans jamais être notifiés à quiconque. L'objet du rapport est justement de les faire sortir de l'ombre.

Le Rapport mondial sur la violence et la santé met l'accent non seulement sur l'ampleur du problème, mais couvre aussi des questions liées aux causes de la violence et aux méthodes de prévention et d'atténuation de ses répercussions sanitaires et sociales. Outre les questions bien connues de la violence collective comme la guerre ou les conflits, des formes tout aussi importantes mais souvent négligées sont abordées comme la violence des jeunes, la maltraitance des enfants et des personnes âgées, la violence entre partenaires, la violences sexuelle et la violence contre soi-même ou le suicide.

Vous trouverez des informations concernant le rapport sur le site www.who.int/violence-injury-prevention. Pour commander un exemplaire du rapport, s'adresser à : bookorders@who.int.

Pour plus de renseignements, s'adresser à Helen Green chargée de la communication. Maladies non transmissibles, tél : 00 1 412 791 3432, mél : greenh@who.int. Tous les communiqués de presse, aide-mémoire et articles de fond OMS, ainsi que d'autres informations sur le sujet, sont accessibles sur Internet, à partir de la page d'accueil de l'OMS : http://www.who.int/


   Rapport mondial sur la violence et la santé
( Dossier d'information de l'OMS - Octobre 2002 )

 

VIOLENCES ENTRE PARTENAIRES


Le rapport indique que les femmes sont souvent exposées aux risques les plus importants à domicile et dans des lieux qu'elles connaissent bien. Près de la moitié des femmes victimes d'un homicide sont tuées par leur mari ou leur compagnon ou par un ancien partenaire - dans certains pays , la proportion peut même atteindre 70%. S'il est difficile de donner des chiffres exacts en raison de la notification fragmentaire, les données disponibles semblent indiquer que près d'1 femme sur 4 sera victime d'un acte de violence sexuelle de la part de son partenaire pendant sa vie. La plupart des victimes d'une agression physique subissent des actes de violence à répétition pendant une période prolongée. Dans un tiers à la moitié des cas, les brutalités sont accompagnées de sévices sexuels. Dans certains pays, jusqu'à un tiers des adolescentes font état d'une initiation sexuelle sous la contrainte.
L'une des formes les plus courantes de la violence à l'encontre des femmes est celle perpétrée par l'époux ou le partenaire sexuel. Bien que les femmes puissent faire preuve de violence à

l'égard de leur partenaire masculin et qu'il puisse également y avoir des actes de violence entre partenaires du même sexe, l'essentiel du fardeau dans ce domaine est supporté par les femmes victimes de partenaires masculins.

La violence entre partenaires comporte des actes d'agressions physiques, le harcèlement psychologique, les rapports sexuels , imposés et divers types de comportements de contraintes comme d'isoler une personne de sa famille et de ses amis ou de lui restreindre l'accès à l'information ou à une assistance.

Ampleur du problème


On considère de plus en plus la violence entre partenaires comme un problème de santé publique.
- Dans 48 enquêtes en population faîtes à travers le monde, 1 à 69% des femmes ont dit avoir fait l'objet de violences physiques de la part de leur partenaire masculin à un moment ou à un autre de leur vie. Dans les grandes études nationales, cette proportion varie entre 10 à 34%.
- La plupart des victimes d'agressions physiques ont été soumises à de multiples actes de violence sur une longue période.
- La violence physique dans les relations intimes s'accompagne souvent de harcèlements psychologiques et, dans un tiers à la moitié des cas, d'agressions sexuelles.
- La violence des partenaires masculins est responsable également d'un nombre important de décès chez les femmes. Les études dans un certain nombre de pays montrent que 40 à 70% des femmes victimes de meurtres ont été tuées par leur mari ou leur amant, souvent dans le cadre d'une relation où la violence perdure.

 

Proportion de femmes physiquement agressées par leur partenaire (sélection d'étude nationale) :

 Pays  Année  Taille de l'échantillon Proportion de femmes ayant subi au moins une agression de la part de leur partenaire (en %) 
 Canada   1991/1992   12 300  29%
 Egypte   1995/1996   7121  34%
 Nicaragua   1998  8507  28%
 Paraguay   1995/1996  5940  10%
 Philippines   1993  8481  10%
 Afrique du Sud  1998  10 190  13%
 Suisse   1994/1995  1500  21%
 Etats-Unis   1995/1996  8000  22%

Conséquences de la violence entre partenaires


La violence entre partenaires a de nombreux effets immédiats et à long terme sur la santé :
- Traumatismes physiques
- Troubles gastro-intestinaux
- Syndromes de douleurs chroniques
- Dépression, comportement suicidaire.

La violence entre partenaires a également des répercussions sur la santé génésique et peut entraîner des troubles gynécologiques, des grossesse non désirées, des accouchements et des naissances prématurées, des maladies sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA.

En moyenne , les victimes de cette forme de violence subissent plus d'interventions chirurgicales, vont plus souvent consulter le médecin et ont plus d'hospitalisation au cours de leur vie que celles qui ne sont pas exposées à ce type d'abus.

Bien que la violence du partenaire n'influe pas sur la probabilité moyenne d'une femme de trouver un emploi, elle peut avoir des conséquences sur ses revenus, sur ses performances au travail et sur sa capacité de garder son emploi.

Quels sont les facteurs de risques ?


Le risque pour un homme d'agresser physiquement ses partenaires intimes s'associe à de nombreux facteurs :
- La jeunesse
- La faiblesse des revenus
- Une éducation sociale limitée
- Des comportements agressifs ou délinquants au cours de l'adolescence

Les antécédents de violence dans la famille du partenaire masculin (notamment s'il a vu étant enfant sa propre mère battue ou victime de violence) et le fait d'avoir grandi dans une famille
pauvre sont également des facteurs importants susceptibles de l'amener à commettre lui-même des actes de violence.

De nombreuses études ont mis en évidence une relation entre la consommation excessive d'alcool et la violence entre partenaires mais la question de savoir si la boisson est réellement à l'origine des comportements violents ou si elle leur sert simplement d'alibi est encore controversée.

Certains facteurs liés à la personnalité , l'insécurité, une mauvaise estime de soi, la dépression, des troubles de la personnalité avec un comportement agressif ou antisocial, s'associent également à ce type de violence, de même que les facteurs liés à la discorde et aux conflits dans la relation du couple.

Les femmes sont particulièrement vulnérables à la violence infligée par leur partenaire dans les sociétés où il y a de très nettes inégalités entre hommes et femmes, où les rôles sexospécifiques sont très strictement définis, où, en vertu des normes culturels, un homme a le droit de recourir à la violence contre sa femme et, enfin, où les sanctions contre ce genre de comportements sont très modérées.

 

Que peut-on faire pour éviter la violence entre partenaires ?

 

Dans ce domaine, les efforts ont porté en grande partie sur les éléments suivants :
- L'aide aux victimes
- Les réformes juridiques et la formation de la police
- Les programmes thérapeutiques destinés aux agresseurs.

Les centres ou abris pour femmes battues ou en situation de crise ont constitué la pierre angulaire des programmes destinés aux victimes des violences entre partenaires. Elles y

trouvent des conseils individualisés, des formations professionnelles et une assistance pour traiter avec les services sociaux ou s'occuper des questions juridiques . Ils orientent aussi souvent les victimes vers des traitements de désintoxications de l'alcool ou des drogues.

Les réformes du système juridique, notamment par la pénalisation de la violence domestique, et les efforts pour réformer les pratiques dans la police, constituent également des méthodes courantes pour traiter le problème. L'expérience a montré cependant que ces mesures n'ont une chance d'être efficaces que si elles s'accompagnent de changements importants dans la culture et les pratiques institutionnelles.

Les programmes de traitement pour les auteurs d'actes de violence les placent classiquement dans des groupes de discussion pour étudier le rôle des deux sexes et apprendre à résoudre les conflits. Les programmes de conseil destinés aux hommes qui abusent de leur partenaires ont rencontré un certain succès en amenant certains hommes à modifier leur comportement , mais ils connaissent en général une très forte proportion d'abandons et de nombreux hommes adressés à des programmes de ce type ne viennent jamais aux séances de groupe.

Pour combattre la violence entre partenaires, d'autres actions portent sur certains milieux, comme :
- Les hôpitaux
- Les écoles
- Les communautés.

Les femmes fréquentent les services de santé toute leur vie. Cela donne à ces derniers un rôle particulièrement important à jouer pour identifier les victimes d'actes de violence, leur prêter assistance et les orienter , le cas échéant, vers des services spécialisés. Les interventions actuelles dans le milieu de la santé s'attachent à former les agents de soins à identifier les victimes de la violence, à apporter les réponses nécessaires et à mettre en place des principes directeurs pour une prise en charge correcte de ces abus.

Les écoles jouent un rôle important pour la prévention primaire. Si la plupart des programmes scolaires portent sur la violence chez les jeunes et les brimades , ils peuvent aussi servir de cadre à l'étude des relations et des rôles sexospécifiques, ainsi qu 'à la prévention des comportements de coercition et de contrainte. La promotion des relations saines à un jeune âge est essentielle pour la prévention des comportements violents et destructeurs.

Au niveau communautaire, les conseils de coordination ou les forums interagences sont des moyens de plus en plus populaires pour suivre et améliorer les réponses apportées au problème de la violence entre partenaires. Ils ont pour objectif d'échanger les informations, d'identifier et de résoudre les problèmes se posant dans la prestation des services, de promouvoir les bonnes pratiques et d'assurer la sensibilisation.

D'autres interventions sont possibles dans le cadre communautaire : actions auprès des victimes, campagnes de prévention et médias locaux pour sensibiliser la population au problème et modifier les normes et les comportements sociaux.

 


LA MALTRAITANCE DES ENFANTS

 

Les infanticides, les mutilations, les abandons et d'autres formes de violences physiques et sexuelles à l'encontre des enfants sont fréquemment rapportés.
La maltraitance des enfants est un problème mondial, profondément enraciné dans les pratiques culturelles ,économiques et sociales.

AMPLEUR DU PROBLEME
- On estime que 57 000 enfants ont péri par homicide en 2000. Mais, en l'absence d'enquêtes ou d'autopsie pour de nombreux décès d'enfants, il est difficile de connaître la véritable ampleur du problème.
- On observe les taux les plus élevés de sévices mortels chez les enfants de 0 à 4 ans. Les traumatismes crâniens sont la cause la plus fréquente de décès, suivis des lésions abdominales et des étouffements.
- Mais les morts ne représentent que la partie émergée de l'iceberg. Des millions d'enfants sont victimes de sévices qui n'entraînent pas leur mort et de manque de soins. Dans certaines enquêtes, un quart à la moitié des enfants signalent être victimes de violences physiques graves et fréquentes : Ils sont battus, reçoivent des coups de pieds ou sont attachés par les parents.
- Les données disponibles laissent à penser qu'environ 20% des femmes et 5 à 10% des hommes ont été victimes d'agressions sexuelles dans leur enfance.
- Les écoles et autres institutions infligent également un grande part de châtiments corporels sous la forme de tapes, de coups de poing, de pied et de raclées.
- De nombreux enfants subissent des sévices psychologiques et émotionnels ainsi qu'un manque de soins de la part des parents ou des tuteurs, mais l'on ne connaît pas exactement l'ampleur du problème.

 

CONSEQUENCES DE LA MALTRAITANCE DES ENFANTS ET DU MANQUE DE SOINS

Les problèmes de santé résultant de la maltraitance des enfants représentent une part importante de la charge mondiale de morbidité.

En dehors des traumatismes physiques, comme les hématomes ou les marques de coups, les brûlures, les plaies ou les fractures, la maltraitance des enfants a de nombreux autres conséquences :
- Alcoolisme et toxicomanie
- Troubles cognitifs et retards de développement
- Comportements violents, délinquants, téméraires
- Troubles de l'alimentation ou du sommeil
- Mauvais résultats scolaires
- Relations de mauvaise qualité
- Problèmes de santé génésique
- Etat de stress post-traumatique
- Dépression et anxiété
- Comportements suicidaires et automutilations.

Nombre de ces problèmes augmentent à leur tour la probabilité que surviennent des formes graves de maladies et de pathologies à l'âge adulte.

 

QUELS SONT LES FACTEURS DE RISQUE ?

La recherche a associé à la maltraitance des enfants et au manque de soins certains traits caractéristiques de l'enfant, de la personne qui s'en occupe et même du milieu familial.
Le risque de maltraitance, qu'elle soit physique, sexuelle ou résulte d'un manque de soins, dépend en partie de l'âge et du sexe de l'enfant. Les plus jeunes sont aussi les plus exposés au risque de sévices physiques alors qu'on trouve les taux les plus élevés d'agressions sexuelles chez les enfants parvenus au stade de la puberté et de l'adolescence.
Presque partout, les garçons sont plus souvent victimes que les filles de coups et de châtiments corporels, mais les filles sont plus exposées aux infanticides, aux agressions sexuelles, à la prostitution forcée et à une nutrition ou une éducation insuffisante.
A l'échelle mondiale, plus de 130 millions d'enfants de 6 à 11 ans ne vont pas à l'école et 60% d'entre eux sont des filles.

D'autres facteurs augmentent le risque de maltraitance :
- Le fait d'être élevé par un parent célibataire ou par de très jeunes parents privés du soutien d'une famille élargie,
- Le surpeuplement du domicile,
- L'insuffisance des ressources pour subvenir aux besoins de la famille,
- L'existence d'autres relations violentes dans la famille.

Les parents risquant plus que d'autres de maltraiter leurs enfants n'ont pas une bonne estime d'eux-mêmes, maîtrisent mal leurs impulsions, ont des problèmes de santé mentale ou des comportements asociaux. Ils tendent également à être mal informés et à avoir des attentes irréalistes pour le développement de leur enfant.

Les recherches montent également que la maltraitance des enfants est plus probable dans les communautés où le taux de pauvreté est élevé et qui sont mal couvertes par les réseaux sociaux et les systèmes de soutien de voisinage, susceptibles de protéger les enfants.

 

QUE PEUT- ON FAIRE POUR EVITER LA MALTRAITANCE DES ENFANTS ET LE MANQUE DE SOINS ?
QUE PEUT- ON FAIRE POUR EVITER LA VIOLENCE SEXUELLE ?

Certaines des ripostes les plus efficaces pour combattre ce phénomène portent sur l'éducation des enfants, la relation parents-enfants et le milieu familial.
- L'éducation au rôle de parent : Informer les parents du développement des enfants, de la création des liens, leur apprendre des méthodes cohérentes d'éducation et la façon de gérer les conflits familiaux.
- Les programmes de visite à domicile : Visites régulières d'infirmières ou d'autres professionnels de la santé au domicile des familles nécessitant particulièrement de l'aide pour élever leurs enfants ou chez lesquelles on a décelé un risque de maltraitance des enfants. Les interventions peuvent comporter des conseils, une éducation ou des orientations vers des spécialistes ou des organismes spécialisés.

Les programmes qui portent principalement sur le maintien de l'unité familiale sans s'intéresser nécessairement aux causes sous-jacentes du problème sont cependant moins efficaces . En revanche, ceux qui demandent aux participants de bien s'investir, qui font appel à une approche s'appuyant sur les points forts des familles et qui comporte un élément de soutien social, semblent produire de meilleurs résultats que les autres.

Les professionnels de la santé ont un rôle essentiel à jouer pour déceler, traiter et orienter les cas de maltraitance et de manque de soins ainsi que pour notifier les mauvais traitements aux autorités compétentes. Pour faciliter la détection et la notification des abus, certains organismes sanitaires ont mis au point des programmes de formation.

Si les évaluations de ces programmes ont établi que les connaissances des agents de santé s'étaient améliorées en matière de maltraitance des enfants et de manques de soins, on ne connaît pas encore leur impact à d'autres niveaux, comme l'amélioration des soins ou de l'orientation des enfants.

D'autres méthodes pour la prévention de la maltraitance des enfants et du manque de soins sont axées sur :
- Les services entre autres de thérapie, à l'intention des enfants témoins ou victimes de maltraitances.
- Les programmes de traitement pour les auteurs des violences.
- Les instruments juridiques : directives en matière d'arrestations et poursuites en justice, services de protection de l'enfance, systèmes de notification obligatoire ou spontanée pour aider à dépister les cas de maltraitance.

Les données disponibles à ce jour sur l'efficacité de ces méthodes restent assez limitées et la plupart n'ont pas encore été suffisamment évaluées.

On a de plus en plus recours aux initiatives à base communautaire pour lutter contre le problème.
Certaines sont mises en place dans le cadre scolaire : apprendre aux enfants à reconnaître les situations dangereuses et leur donner la faculté de se protéger des mauvais traitements, d'autres font appel à la collaboration de nombreux secteurs pour améliorer les connaissances et la sensibilisation, ainsi que le services.

On a également eu recours aux médias et à d'autres types de campagnes de prévention pour inciter les communautés à l'action et modifier les comportements.

Au niveau sociétal, beaucoup peut-être fait pour prévenir la maltraitance des enfants et le manque de soins. C'est ainsi qu'on a pris des mesures pour lutter contre la pauvreté, améliorer les possibilités d'éducation ou d'emploi, renforcer la disponibilité et la qualité des soins pour les enfants . Toutes ces mesures peuvent potentiellement compenser les inégalités sociales et économiques et améliorer l'avenir des enfants.