GENERALITES SUR LES VIOLENCES CONJUGALES ?

CONSTATS
Pour des millions de femmes, les violences font parties de leur vie quotidienne. Plusieurs enquêtes nationales ont tenté de dresser un bilan statistique des violences conjugales en France. Les résultats de ces enquêtes sont terrifiants et ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les violences conjugales atteignent les victimes dans son intégrité psychologique et physique,
La violence conjugale n'est pas un problème individuel, mais un problème de société et s'impose comme faisant partie intégrante de la santé publique.
Toutes ces statistiques mettent en évidence le nombre élevé de femmes confrontées à la violence exercée dans la relation de couple et la répercussion de cette problématique sur les enfants.

STATISTIQUES
En 2007, 166 femmes sont décédées suite aux coups de leur conjoint.
1 femme sur 10 déclare avoir été victime de violences de la part de son conjoint ou ex-conjoint dans les douze derniers mois - 20 à 30% des femmes de 19 à 60 ans déclarent avoir subi des violences au cours de leur vie (Enquête ENVEFF –2000).
25% des morts maternelles lors d’une grossesse sont secondaires à des violences physiques perpétrées par le père biologique.
Le nombre de femmes victimes de leur conjoint sur 2 ans est estimé à plus de 330 000. Il est 3 fois supérieures à celui des hommes ayant déclaré avoir été victimes de leur conjointe (enquête de victimation 2007).
13% de décès recensés en France ont eu lieu dans le cadre du couple. Le conjoint a été identifié comme auteur.
41% des crimes conjugaux sont liées à la séparation (commis par des « ex » ou séparation en cours).
23% des auteurs d’homicides se sont suicidés après leur acte (97% d’hommes).

QU’EST-CE QUE LA VIOLENCE CONJUGALE ?
La violence au sein du couple se définit comme un processus évolutif au cours duquel un partenaire (en général l’homme) adopte à l’encontre de l’autre des comportements agressifs, violents et destructeurs dans l’objectif d’établir et d’entretenir le contrôle sur la victime. C’est un abus de pouvoir et une volonté de tout contrôler qui dans une relation de couple vise à détruire l'autre.
La violence conjugale est un délit. On parle de violences conjugales quand les scènes se reproduisent et deviennent permanentes.

Elle se développe à travers des cycles dont l'intensité et la fréquence augmentent avec le temps et qui devient pour la femme dangereuse.
Souvent ces personnes se retranchent dans le silence, dans l'isolement. Elles font semblant d'être comme les autres et confortent leur entourage dans le non-dit. Ce silence est le reflet de la société qui refuse l'échec du couple et entraîne une tolérance particulière à ce type de violence.
Dans la majorité des cas, la violence est le fait de l'homme
La violence n'est que le symptôme d'un problème et non le problème en lui-même. La violence conjugale c'est se croire autoriser à utiliser sa force pour imposer ses désirs et sa volonté.

La violence conjugale concerne tous les milieux socio-économiques et culturels et tous les âges. La violence conjugale est un véritable fléau social, enraciné dans les rapports inégalitaires entre les femmes et les hommes. Elle n'est pas un problème individuel, mais un problème de société. Elle est la négation de la dignité et de l’intégrité humaine.
Il n'y a pas de portrait type social ou psychologique de l'homme violent. Contrairement à ce que l'on croit, la violence conjugale n'est pas liée à la pauvreté, à la drogue ou à l'alcool. Elle est le symptôme particulier d’une relation sociale ordinaire qui illustre le mieux le déséquilibre des forces dans la relation entre les hommes et les femmes.

Les violences subies par une femme sont proportionnelles à son degré de soumission économique et /ou culturelle à son mari ou compagnon. (Hypothèse la plus vraisemblable)

LES ORIGINES DE LA VIOLENCE CONJUGALE
La violence conjugale est une violence sexiste. Elle trouve son origine dans l’inégalité des rapports entre les hommes et les femmes.
L'inégalité de statut entre les hommes et les femmes se manifeste dans les différents domaines de la vie sociale- politique- économique- familiale- et même dans nos modes de pensées. Les femmes sont renvoyées au rang de minorité, tandis que les hommes occupent les positions de responsabilités, de pouvoir.
La violence conjugale est normalisée dans notre société. C'est bien parce qu'on banalise les violences lorsqu'elles s'exercent contre les femmes qu'elles existent encore à une si grande échelle.

UNE IMAGE ARCHAÏQUE DU COUPLE
Beaucoup de couple fonctionne encore sur l’idée qu’hommes et femmes assurent des rôles complémentaires où l’homme décide seul et la femme dévouée, gère le quotidien. Plus ce modèle est poussé à l’extrême, plus la violence a des chances d’apparaître. Ce couple fondé sur des rôles figés, inégalitaires, où la parole n’a pas sa place, prépare le terrain de violence.

UNE CERTAINE IDEE D’AMOUR
Certaines représentations de l’amour sont propices à l’émergence et à la tolérance de la violence. (Amour- passion, amour- fusion : violence et possession).
Le mythe du partenaire unique et irremplaçable ne permet pas de développer des alternatives à la violence comme celle de changer de compagnon par exemple. Dans cette vision, la jalousie excessive est vue comme une preuve d’amour. Hommes et femmes ne partagent pas le même imaginaire de l’amour. Pour les femmes, amour et sexualité vont généralement de pair, pas pour les hommes. Beaucoup pensent que la sexualité de l’homme est incontrôlable, débridée, irrépressible.

LA VIOLENCE DANS LE COUPLE S'EXERCE SOUS DIVERSES FORMES :
Violence psychologique:
Elle vise à dénigrer l'autre dans sa valeur personnelle, dans son identité. Il s'agit de comportement méprisant, dénigrant les opinions, les valeurs, les actions de la femme. Elle peut prendre la forme d'une relation punitive: Refus de communiquer, ignorer la présence de l'autre, parler de l'autre comme s'il était absent
Cette forme de violence souvent difficile à identifier atteint profondément la personne visée car elle attaque l'image de soi. " Tu n'es bonne à rien, regarde de quoi tu as l'air, t'es qu'une incapable, tu sais bien que personne te croira salope, T'es qu'une malade, etc.…

Violence verbale: Il s'agit d'humilier l'autre par des messages de mépris, de le terroriser par intimidation cris, hurlements, menaces. Elle peut s'exprimer par des interdictions, du chantage, des ordres, insultes….

Ces deux formes psychologique et verbale permettent à l'agresseur, sans porter de coup, d'atteindre le but recherché : Créer une tension insupportable pour sa conjointe, maintenir un climat de peur et d'insécurité, atmosphère propice pour inciter l'autre à se conformer aux exigences de son partenaire par terreur de voir la situation s'aggraver davantage.
Selon des chercheurs les violences psychologiques et verbales sont plus dévastatrices que le plan personnel que les violences physiques.

Violence physique : Elle atteint dans son intégrité physique :cracher au visage, tirer les cheveux, bousculer, secouer, causer des blessures, morsures, ecchymoses, brûlures, fracture, enfermer une femme à la maison, contrôler ses déplacements.

Violence économique : Ne plus donner de l'argent du ménage, confisquer son salaire, exiger des comptes au centime près, refuser toute dépense pour l'entretien personnel de la femme, l'empêcher de travailler…

Violence sexuelle : Sexualité forcée accompagnant les brutalités physiques et les menaces, rapports sexuels brutaux, contrainte à subir des situation non choisies.
Elle est celle qui est la plus difficile à révéler alors qu'elle est extrêmement violente.
Une femme qui cherche de l'aide et expose les violences dont elle a subie, c'est de la violence sexuelle qu'il lui est le plus difficile à en parler.

Violence physique, violence psychologique, violence verbale, violence économique, violence sexuelle : Toutes les violences énoncées sont alors associées à une intention, une volonté de dire quelque chose, de lui montrer que, d'obtenir que. La violence n'est jamais gratuite. L'acte de violence physique est souvent différé.
Le fait qu'elle ne présente pas de blessures physiques ne signifie pas qu'elle n'ait été ni battue, ni violentée.

On a observé que toutes les femmes qui sont victimes d'agressions physiques subissent également les autres types d'agression.
Les coups ne sont employés que lorsque les autres moyens s'avèrent inefficaces, quand le cri, le regard en coin, les remontrances. s'avèrent inopérants pour obtenir la soumission escomptée. (Image de l'homme avec le panier et les différentes violences à utiliser).
Beaucoup de femmes violentées expriment que ce n'est pas tant la violence des coups qui est difficile à vivre (du moins quand ils sont peu fréquents et qu'elles ne sont pas blessées), mais la tension permanente et la peur constante du mécontentement du conjoint. Elles ne sont pas persuadées qu'il ait voulu intentionnellement leur faire du mal.

L’ESCALADE DE LA VIOLENCE
Comment la violence s’installe-t-elle ?
La violence s’installe progressivement. Les premières manifestations sont rarement perçues et identifiées comme des actes de violence. L’agresseur minimise la gravité des faits, assure qu’ils ne dépendent pas de sa volonté mais de toutes sortes de causes externes. Ces actes se multiplient pour devenir habituels. La violence se banalise et s’intensifie, tandis que la victime perd en capacité d’opposition. C’est un cercle vicieux.
Différence entre conflit et violence. On parle de violence conjugale quand les scènes se reproduisent et deviennent permanentes.
Violence psychologique- Violence verbale- Agression physique- Homicide.
1) Agression psychologique :
Dans cette phase l’agresseur réduit la confiance personnelle de sa victime en lui adressant des messages négatifs sur elle-même, provoquant une diminution de l’estime de soi. Ce processus va bloquer les capacités de la victime à revendiquer des droits personnels et à agir pour les défendre.
2) Installation des violences verbales :
Cette phase constitue souvent l’étape qui précède l’agression physique. Cette violence prend des formes liées à la personnalité de l’auteur : injures, sarcasmes, railleries, insultes, volume de la voix, ordre… Tout peut être utilisé pour agresser, faire du mal , installer la terreur.
3) Agression physique :
Les formes de cette agression s’aggravent avec le temps et peuvent aller jusqu’à l’homicide. En France tous les quinze jours, 3 femmes sont assassinées par leur conjoint ou concubin (Statistiques du ministère de l’intérieur).
L’escalade de la violence peut se développer sur de très longues périodes de temps. Il peut y avoir violence psychologique et verbale pendant des années avant la première agression physique. Les récidives peuvent se produire en fonction d’un intervalle de temps plus ou moins long, surtout au début de l’installation du processus. Dans tous les cas, si rien n’est fait, la violence tend à s’aggraver et ne diminue pas avec le temps.
L'usage de la violence est un moyen d'imposer systématiquement ses vues, en niant la liberté de l'autre. La situation de violence dans le couple se caractérise par l'instauration d'un rapport de domination durable au profit unique du conjoint violent. La violence est un abus de pouvoir.

LA SPIRALE DE LA VIOLENCE
La violence est continue, mais son intensité et sa fréquence d’apparition augmentent. Le cycle de la violence se reproduit de plus en plus vite avec une intensité de plus en plus forte. Chaque moment (ou phase) de violence repérée par l’une ou l’autre va être un palier de cette spirale. D’une manière générale, la violence permet d’obtenir la soumission de l’autre à ses désirs, par le marquage corporel.
En bout de spirale, si aucune rupture ne vient interrompre le processus, il peut y avoir danger de mort. On peut parler de mort sous d’autres formes «une femme vivant seule n’osant plus sortir de chez elle ».
La spirale de la violence s’arrête quand le conjoint ou la conjointe atteint le palier de l’intolérable.

LE SEUIL DE L’INTOLERABLE
Qu’est -ce qui fait qu’une personne atteint ce palier ou qu’une violence particulière soit considérée comme la limite impossible à dépasser ?
La spirale de la violence s'arrête quand le conjoint ou la conjointe atteinte le palier de l'intolérable. Le seuil de l’intolérance varie. Tout va dépendre de l’histoire personnelle, du degré d’autonomie, de la capacité à refaire sa vie autrement, de la perception éthique qu’ont les personnes de la violence domestique et des normes sociales en usage au moment de la décision.. Elle est différente pour chaque personne.

LE CYCLE DE LA VIOLENCE CONJUGALE
Le cycle s'organise en 4 phases
1-Tension de la personne dominante/ peur de la personne dominée
2-Agression effectuée par la personne dominante / Colère, tristesse de la personne qui subit.
3-Invalidation de l'auteur /Responsabilité de la victime.
4- Phase de rémission fausse " lune de miel "/Résurgence de l'espoir pour la personne dominée

1ère phase : Tension de la personne dominante/ Peur de la personne dominée:
Le quotidien du couple : Silence, contrôle et montée de la violence : Cette phase est en sorte préparatoire aux coups. L'homme domine et veut contrôler l'ensemble de la vie, les agissements de sa compagne et de ses enfants. Il maintient un contrôle permanent. Le prétexte évoqué lors de la crise n'est qu'un déclencheur de la violence et non pas sa cause.
La tension se manifeste de multiples façons : silences lourds et refus d'adresser la parole, absences imprévisibles et prolongées, irruption de colère brève et de menaces, ton agressif, regards méchants...
Redoutant l'explosion de violence, la femme s'efforce de baisser cette tension insupportable. Dans un effort désespéré elle cherche à ajuster le moindre de ses comportements aux désirs de l'humeur de son compagnon renonçant ainsi, peu à peu, à sa propre expression, à la satisfaction de ses propres besoins, à son autonomie.

2éme phase : L'agression, l'explosion, les coups : L'irruption de la violence :
L'ampleur des coups est variable. Bien souvent au début de ces phases, ce sont des claques, des mouvements brusques où l'homme "pousse " plus ou moins violemment sa compagne. La compagne n'ayant pas toujours su apercevoir les signes avant coureurs, est surprise, elle a peur. Souvent elle ne comprend pas ce qui a provoqué l'arrivée de cette violence.
Une fois que l'acte de violence est commis, la victime se sent trahie, démunie, en danger. La femme confrontée à cette situation va ainsi faire l'apprentissage de l'impuissance, elle va peu à peu se considérer comme incapable d'agir efficacement et il lui restera le réflexe de soumission pour qu'il arrête, pour que la scène se termine, pour éviter le pire.
C'est souvent dans ces moments de crise, et juste après la crise de violence, que la femme cherche de l'aide.
La femme violentée reste silencieuse car elle a honte et se culpabilise.
Un des moyens pour une femme de ne pas être violentée est au contraire d'affirmer son autonomie, sa capacité à exister de manière indépendante.

3ème phase : Phase d'invalidation : Les excuses :
Aussitôt après l'agression, l'homme violent va s'excuser, demander ou implorer le pardon. Il va invalider son comportement. Il essaie d'annuler ce qui s'est passé et de se soustraire à la responsabilité des actes commis. Il accusera sa femme de dramatiser une simple dispute, il la traitera de folle, si elle évoque la terreur qu'elle a éprouvée, il lui reprochera de ne pas lui faire confiance.
Ces dénégations et ces réactions culpabilisantes pour la victime la conduisent peu à peu à se considérer comme la vraie responsable de la violence de son conjoint. Elle pensera qu'en modifiant son propre comportement la violence disparaîtra.
Plus le cycle se répète ; plus elle se percevra comme incompétente, nulle, incapable, d'assumer un couple et de gérer une vie familiale harmonieuse.
Pour éviter que cette dernière, horrifiée par de telles violences, ne parte ou ne se plaigne à l'extérieur, voire porter plainte contre son conjoint violent celui-ci doit obtenir son pardon.

4ème phase : Phase de rémission : Sursis amoureux : La lune de miel:
L'homme craint de perdre sa partenaire, il minimise les faits, justifie son comportement, promet de ne plus recommencer et adopte une attitude " normale ".
Cet apaisement entretient chez la femme l'espoir que son conjoint ne sera plus violent si elle répond à ses demandes.
Durant cette période elle croit redécouvrir un compagnon calme et prévenant. Pendant cette fausse lune de miel, l'agresseur cherche à faire excuser sa conduite et à obtenir le pardon.
C'est un moment où il est très difficile pour la femme de ne pas, une nouvelle fois, accorder leur confiance et de ne pas se laisser envahir par un espoir de ses projets familiaux et relationnels.
Une fois dissipée le souvenir des violences, le cycle continue.
Plus cette emprise sur la victime est forte, plus les périodes de rémission s'amenuisent. L'homme a de moins en moins peur de perdre sa compagne et n'a plus besoin de l'assurer.
La femme est exposée quotidiennement au contrôle, au mépris et aux agressions. Elle vit dans la peur, l'insécurité, elle s'ajuste aux besoins du conjoint, se centre sur ses humeurs. Plus le cycle se répétera plus la femme se percevra elle-même comme incompétente dans sa vie de couple et dans sa vie personnelle. Plus elle se culpabilisera de la violence de son partenaire, violence dont elle se sentira dès lors totalement responsable.

Le retour du quotidien :
Quelqu’ait pu être la sincérité des excuses de l'homme, après la période " lune de miel ", le quotidien reprend ses droits.
Celui-ci comme avant, s'accompagne du désir de l'époux de régenter la vie de ses proches, de son incapacité à dire ses désirs, ses insatisfactions, comme d'ailleurs ses plaisirs.
Progressivement, les tensions, le besoin de domination, le stress dus à l'accumulation d'éléments contraires à ses attentes augmentent. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, réapparaît plus ou moins rapidement une nouvelle phase de violence.

COMMENT VIVRE SOUS L’EMPRISE D’UN CONJOINT VIOLENT ?

Les femmes confrontées à la violence de leur partenaire mettent en place divers recours pour faire face et vivre.
Mécanismes permettant de se protéger d’une réalité difficilement supportable :
° Déni, déni à la fois de la violence, de la qualité d’homme violent attribué à l’auteur de violence, de sa propre qualité de victime, femme battue.
° Minimisation des faits de violence et de la souffrance occasionnée : "Finalement ça ne me fait pas tellement mal, je ne suis pas restée longtemps à l’hôpital »...
° Banalisation
La violence physique est considérée comme un phénomène courant, inévitable, explicable à la fois par l’absence de qualité de la personne cible, ses défauts, ses insuffisances, par l’histoire biographique de l’auteur des violences, par le contexte événementiel.
° Dissociation:
La personne est confrontée à la violence comme divisée à l’intérieur d’elle-même, elle n’est pas la personne qui subit mais quelqu’un qui assiste en spectatrice. L’esprit se déconnecte du corps et fait du corps un objet extérieur à soi : ». Je n’avais pas l’impression que c’était moi qui avais vécu ça ».
° Disculpation de l’agresseur :
Reconnaître que son partenaire est un homme dangereux et violent remet en cause le choix amoureux initial et le projet mythique d’une famille heureuse. Les femmes violentées peuvent pendant des années développer toutes sortes de raisonnements pour expliquer et excuser les actes de violence de son partenaire.

STRATEGIES MISES EN PLACE POUR REDUIRE LES RISQUES
Ce sont des stratégies décidées consciemment, élaborées par étapes à la suite des diverses phases de violence antérieurement subies. Elles visent à se protéger, se défendre, détourner le contrôle et la violence ou y échapper en se préservant des espaces d’autonomie.

QUATRE STRATEGIES SONT OBSERVABLES :
Stratégies de repli ° Stratégies de contournement
Stratégies de résistance ° Stratégies de rupture

Stratégies de repli
Redoutant les explosions de violence de leur partenaire, les conjointes choisissent de faire profil bas pour prévenir ou diminuer le risque de recours à la violence.
Elle va laisser faire, se soumettre à la volonté de l’autre. Elles s’imposent elles-mêmes des limites et censurent leurs paroles, leurs actes, leurs déplacements. Renonçant à prendre des décisions, elles s’écrasent.

Stratégies de contournement :
Face au contrôle permanent de leur conjoint, les femmes usent de stratagèmes. Elles ont recours au mensonge, aux subterfuges, à la ruse pour déjouer la surveillance du conjoint et réaliser ce qu’elles veulent faire.
Elles mentent et dissimulent pour limiter les cris et les crises. Elles apprennent à leurs enfants à ne pas dévoiler certaines de leurs actions.


Stratégies de résistance :
D’autres femmes, à d’autres périodes du déroulement de la vie commune, vont poser activement des limites à l’agression. Elles répliquent, en viennent aux mains, elles menacent d’appeler la police, d’engager une procédure de divorce, de partir avec les enfants, de chercher de l’aide auprès d’un service spécialisé.
Bien qu’elles supportent certaines manifestations de violence, d’autres dépassent le seuil de tolérance et provoquent leurs réactions. Les femmes se permettent de résister quand elles se sentent dans leur bon droit, quand elles n’ont plus rien à perdre et qu’elles estiment que la relation avec leur conjoint ne peut plus s’améliorer.
Les femmes qui usent de stratégies de ce type peuvent réussir à faire diminuer la violence physique mais que la violence psychologique perdure.


Stratégies de rupture :
La séparation exige une préparation tant sur le plan matériel que sur le plan psychologique. Il faut préalablement :
° Faire le deuil d’une relation souhaitée à laquelle elles ont cru.
° Quitter un homme qu’elles ont aimé.
° Admettre que la vie de couple, sa vie de couple, se termine sur un échec.
° Accepter de mettre fin à une vie familiale où père, mère, enfants vivent ensemble.
° Affronter l’avenir en femme seule.
Certaines femmes sous l’emprise de conjoints violents auront besoin d’un temps très long,

POURQUOI LES FEMMES VICTIMES RESTENT SOUS L’EMPRISE DU CONJOINT ?
- Leur espoir de changer la situation, de modifier le comportement du conjoint
- L’unité familiale à préserver : Par rapport aux enfants (jusqu’à qu’il les batte)
-Les pressions extérieures : Réprobation de l’entourage (Si elle veut partir elle part seule)
- L’isolement : absence d’opportunité pour trouver de l’aide.
- La peur de la misère et des obstacles matériels à surmonter
- Leur état physique et psychologique : Force intérieur, être prête…
- Les menaces, la peur des représailles sur elle-même
- La méconnaissance des droits. :Réticences à affronter les institutions et l’appareil judiciaire.

VECU DES FEMMES VIOLENTEES ET REPERCUSSION DE LA VIOLENCE CONJUGALE
Comprendre les conséquences de la violence permet de comprendre les femmes violentées dans leurs réactions contradictoires et ambiguës. Cela permet de leur apporter un soutien adapté.
Chaque femme vit la violence de manière singulière, cependant, des éléments caractéristiques se retrouvent dans toutes les situations rencontrées.

LES CONSEQUENCES DE LA VIOLENCE CONJUGALE
La confrontation à la violence entraîne :
La fatigue physique et nerveuse liée aux sentiments de peur et d’insécurité. Endurer la violence nécessite une énergie incroyable. Il faut supporter les humiliations et les coups, mais aussi vivre sous tension permanente. La peur est très présente car la violence peut surgir n’importe quand, pour n’importe quel prétexte.
L’isolement : Les femmes violentées se trouvent doublement isolées. D’une part, elles sont souvent confinées au foyer par leur conjoint, qui les prive peu à peu de toutes relations extérieures. D’autres part lorsqu’elles sont en contact avec d’autres personnes (des collègues de travail..) Il leur est très difficile d’aborder le sujet des violences conjugales qui s’érige comme un mur entre elles et les autres.
La honte et la culpabilité : Souvent, les femmes se sentent responsables des violences qu’elles subissent. Cette situation représente leur propre échec puisque ce sont les femmes qui doivent, aux yeux de la société assurer l’harmonie au sein du foyer. Elles ressentent la honte d'être une "femme battue » et de ne pas parvenir à quitter leur conjoint pour autant.
La mésestime de soi : Beaucoup de femmes violentées se perçoivent comme « incapables » à de nombreux égards : en tant que personne, épouse, mère mais aussi dans leur activité professionnelle. Elles finissent par croire les critiques de leur conjoint sur leur nullité, leur incapacité. Elles perdent peu à peu la notion de la valeur d’elles-mêmes.
La perte d’identité : A l’extrême, les femmes victimes de violence conjugale se trouvent dépossédées de leur capacité à exprimer leur volonté et leurs désirs, à penser pour elles-mêmes. Elles finissent par se fondre dans les exigences de leur conjoint qui a réduit à néant leur personnalité.
Le déni de la violence. Le déni est le refus involontaire de reconnaître qu’on subit des violences. C’est un moyen inconscient de se protéger, en ne regardant pas la réalité difficile à assumer.
Il peut prendre plusieurs formes :
° Minimiser les faits et leurs conséquences ;
° Ne pas prendre en compte le phénomène dans sa répétition et sa continuité. Chaque crise de violence apparaît comme un accident, non renié aux autres.
° Justifier la violence et excuser l’agresseur en invoquant, par exemple, une histoire familiale douloureuse, un contexte momentanément difficile (problèmes d’argent, de travail, d’alcool..).
Le déni n’est pas du masochisme. Il peut s’expliquer par :
° L’attachement à l’agresseur,
° La difficulté à remettre en cause son couple ou sa famille et prendre éventuellement la responsabilité de la séparation.
° Le refus de s’appliquer à soi-même le qualificatif de « femme battue ». Le stéréotype ne correspond pas à l’image que l’on a de soi et est très dévalorisant socialement.
Nier la violence place les femmes dans une situation dangereuse : elles sont inconscientes des risques qu’elles encourent. L’intervenant ne doit pas être dérouté par cette attitude. Il doit aider à la prise de conscience. Car ce n’est qu’à partir de ce moment là que les femmes peuvent entamer une démarche pour mettre fin aux violences.

DIFFICULTE DE ROMPRE
Aider une femme suppose que l’on parle de son histoire personnelle : ses peurs, ses espoirs, ses contradictions. Au bout du compte, il lui revient à elle seule, de prendre la décision de partir ou de rester.
Bien souvent, le seul moyen de ses soustraire à la violence est la rupture avec le conjoint. C’est une décision difficile à prendre.

Rester : Une réaction paradoxale :
Partir nécessite de s’opposer à son conjoint. Nombre de femmes, vidées de leur énergie et anéanties dans leur personnalité, ne peuvent à certains moments, exprimer cet élan vital. Mais rester peut constituer aussi un acte de résistance : certaines femmes veulent faire preuve de courage pour préserver l’unité familiale. Elles ne veulent pas priver leurs enfants de leur père, tant qu’ils ne sont pas en danger ; Elles refusent parfois l’échec de leur couple, surtout quand elles aiment encore leur conjoint. Traditionnellement, ce sont elles qui doivent œuvrer à la réussite un projet familial, elles se vivent comme gardiennes de l’unité familiale. Habituées à prendre soin des autres, elles se sentent responsables de leur conjoint ; pensent qu’il est malade ou malheureux et se font un devoir de rester. Beaucoup de femmes gardent longtemps l’espoir que la violence va cesser. Cet espoir est entretenu par l’alternance, dans le cycle de la violence, de période de crise et de période de répit.

Partir : faire face aux peurs :
L’idée de quitter le domicile suscite un certain nombre de peurs :
° Peur des représailles : bien souvent, le conjoint violent use de menaces pour empêcher sa femme de partir. Elles peuvent la viser ainsi que ses enfants ou encore prendre la forme d’un chantage au suicide.
° Diminuées dans l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes, les femmes redoutent de ne pouvoir assumer leur vie seule (solitude, éducation des enfants..).
° Les problèmes matériels : quitter le domicile signifie renoncer à son toit, quitter parfois un confort que l’on a mis des années à aménager. Dans les milieux aisés ou très aisés, la séparation peut vouloir dire la perte totale d’un certain train de vie. Les femmes devront affronter de multiples problèmes ; logement (peur de se retrouver « à la rue », emploi, charges familiales.

Demander de l’aide ne va pas de soi :
Pour les femmes qui souhaitent rompre avec la violence, un certain nombre de facteurs constituent des freins à la demande d’aide, pourtant nécessaire :
° L’isolement, la honte et l’absence de soutien dans l’entourage,
° La méconnaissance des droits, l’ignorance des ressources existantes. Les femmes sont peu ou ne sont pas informées de leurs droits. Cette méconnaissance les rend méfiantes vis-à-vis des institutions auxquelles elles pourraient avoir recours. On a constaté, par exemple, que les femmes hésitaient à contacter les services sociaux, par peur de se voir retirer la garde de leurs enfants (menace fréquemment utilisée par leur conjoint). C’est pourquoi l’information sur les droits et l’instauration d’un rapport de confiance sont essentielles dès les premières entrevues.
Dans certaines associations, les femmes ont la possibilité de participer à des groupes où elles peuvent exprimer collectivement sur les violences conjugales. Ils les aident à transformer ce qu’elles vivaient au départ comme un cas individuel en cause collective.

PROCESSUS DE RUPTURE
Il est essentiel de comprendre les processus en jeu dans la succession de départs propres à la rupture par étapes, afin de proposer une aide constructive. Cette réalité renvoie parfois aux intervenants un sentiment d’impuissance qu’il faut savoir accepter.
Mettre un terme à une relation de couple est toujours difficile et douloureux. Cela l’est d’autant plus quand on subit l’emprise d’un conjoint violent.

Différents modes de rupture :
Pour certaines femmes, les premiers signes annonciateurs de la violence (insultes, mépris, gifles..) sont inacceptables et constituent un motif de rupture définitive.
D’autres femmes décident de rompre après avoir tout essayé pour que cesse la violence dans leur couple, qu’elles souhaitaient préserver autant que possible. Elles se sont conformées aux exigences de leur conjoint, sans résultat. Quand elles n’ont plus d'espoir que la situation s'améliore. Elles partent définitivement.
Le plus souvent, ayant enduré des violences pendant des années, les femmes sont affectées sur les plans physiques et psychologiques. En proie à des sentiments contradictoires, le choix de la rupture leur apparaît confusément. Il leur faudra plusieurs départs, déclenchés par des évènements divers (sentiment d’avoir frôlé la mort, plainte des enfants..) pour mettre un terme définitif à la relation. La rupture s’effectue par étape.

Comprendre la rupture par étapes :
Les ruptures par étapes, très fréquentes, sont le plus souvent mal comprises des personnes extérieures.
Les femmes sont accusées de ne pas savoir ce qu’elles veulent. Pourtant, ces allers et retours ne sont pas vains Ils participent à la construction d’un processus de rupture.

Soumises à de nombreuses inquiétudes, les femmes oscillent entre l’espoir placé dans leur couple et la volonté de partir. Quitter le domicile, temporairement, est l’occasion de tester différents éléments :
° La capacité de leur conjoint à adopter un comportement non-violent pour préserver leur couple. Surpris par leur départ, il peut adopter deux types d’attitudes : la séduction (promesses de changement, excuses..) ou redoubler de violence, c’est à ce moment-là que le risque d’homicide est le plus élevé.
° Expérimenter une vie « seule ». Les femmes se rendent compte de l’aide et des ressources dont elles peuvent bénéficier, redécouvrirent la sécurité, mais aussi la solitude. Elles testent leur capacité à vivre et à s’organiser seules, pour elles et leurs enfants.

DIVERS MODES DE RUPTURE :
- La rupture rapide
- La rupture différée, à contre cœur
- La rupture évolutive

Rupture rapide :
Elle s'effectue dès les premières manifestations de violence. Elle est le fait des personnes qui ne sont pas atteints dans leur identité et dans l'estime qu'elles se portent. Décidées parfois très brusquement après des périodes passionnelles de fusion aux premières manifestations de contrôle ou de mépris ces ruptures découlent de la détermination de la personne victime à se choisir elle-même à diriger son parcours de vie.
La période passionnelle de fusion amoureuse est brisée par l'irruption de comportements ressentis comme inacceptables et qui justifient la décision d'en rester là, de mettre fin à la relation, rupture où le regret s'exprime mais où le choix d'orienter ses relations est prédominant et le départ définitif.

Rupture différée, à contre cœur :
Elle est mise en œuvre après plusieurs années de violence, après avoir tout essayé.
Après de nombreuses tentatives pour répondre aux demandes du partenaire et s'ajuster à ses attentes, les femmes confrontées à une violence qui se répète, malgré tout en viennent à tirer un trait sur une relation sans avenir positif pour elles.
Elles ont suivi des thérapies, changé de style d'habillement, appris à partager les loisirs favoris de leur partenaire, admis de rompre leurs relations familiales ou amicales, changé de profession etc.… elles estiment en avoir assez fait pour être maintenant quittes.
Leurs multiples efforts pendant tant d'années les conduisent à s'octroyer le droit de décider pour elles-mêmes et de rompre la relation conjugale et dans la quasi-totalité des cas ce type de rupture est définitif.

La rupture évolutive :
Elle se réalise à travers une succession de départs et de retours, de séparations et de retrouvailles.

Processus de la rupture évolutive :
Interrogées sur l'avenir qu'elles envisagent, il est un temps où les femmes confrontées à un partenaire violent considèrent que seule la rupture de ce couple mettra fin à cette violence. Mais, pour briser l'emprise d'un conjoint violent, sa victime doit rompre une série de liens et reconstruire ses capacités d'autonomie.
En partant du domicile la femme souhaite principalement deux choses :
Mettre fin à la violence
Faire comprendre à son partenaire qu'elle ne supporte plus la violence et qu'elle peut le quitter et mettre fin à leur relation.
Ce départ est souvent une stratégie pour amener l'agresseur à prendre conscience du risque de la rupture et de la gravité de ses actes.
On constate que dans une grande majorité des situations, les femmes qui quittent le domicile conjugal pour se mettre à l'abri le font à plusieurs reprises avant de rompre définitivement.
Ce processus par étape est généralement mal compris de l'extérieur : famille, intervenants sociaux, policiers, magistrats.

Le processus évolutif favorise à la fois :
L'évolution de la femme qui engage une démarche d'autonomie
L'évolution de son entourage qui va constater qu'elle a tout fait avant de se libérer de ce partenaire.
Chaque départ est l'occasion d'expérimenter d'autres aspects de la sécurité et de l'autonomie et de se mettre à l'épreuve une série de questionnements profonds sur l'aide aux femmes violentées, l'accès à l'indépendance, l'hébergement… C'est un moyen qui permet de tester la réalité extérieure et ses propres capacités à évoluer hors du cadre conjugal.
De plus, c'est un mode de rupture qui prend en compte les réactions du partenaire. Le départ de sa conjointe est pour lui une surprise, une stupéfaction : il ne l'aurait jamais cru capable de ça.
Il va donc réagir et parfois de façon très efficace.

Deux registres de réaction :
Les manœuvres de séduction pour obtenir le pardon : je n'avais pas compris que c'était si grave pour toi, je ne voulais pas en arriver là, reviens… jamais plus.
La violence : recherche de sa femme, menaces d'attenter à sa propre vie, à la vie de ses enfants, harcèlement au travail………
Ce recours à la violence peut-être démesuré et il faut prendre en compte la dangerosité de certains conjoints violents. Les homicides perpétrés à l'encontre des femmes par leur partenaire, conjoint ou concubin, ont presque toujours lieu au moment de la rupture, quand la femme est partie.

Les ruptures par étapes successives sont l'occasion d'expérimenter :
Les ressources existantes : accueil, hébergement.
La possibilité d'aide sociale et psychologique.
La sécurité et une possibilité de repos et de récupération (le sommeil).
Ses capacités personnelles à assumer la vie avec les enfants.
La fiabilité ou non, des diverses promesses que fait le partenaire violent et qui sont à l'origine de nouveaux essais de vie commune.
Les étapes peuvent être nombreuses car les liens entre conjoints concubins sont multiples et forts (vie sexuelle, parentalité, domicile, famille, souvenirs, projets élaborés en commun.). Il faut les dénouer un à un.

Ce processus de libération peut-être entravé ou, au contraire, encouragé par l'attitude des personnes alentour : famille, enfants, intervenants sociaux.
L'entourage porte généralement des jugements sévères et négatifs à l'encontre d'une femme qui retourne au domicile d'un conjoint violent. Démunis face à une décision qui leur est incompréhensible, les proches de la victime réagissent souvent en abandonnant l'aide qu'ils avaient pu fournir à cette femme, puisqu'elle ne sait pas ce qu'elle veut, y retourne toujours, malgré tout ce qu'on a fait pour elle, doit finalement y trouver son compte…
Ce jugement négatif porté sur son attitude et ses décisions renforce la victime dans son sentiment d'incapacité et alimente son acceptation du statut de victime.
Briser l'emprise d'un conjoint violent peut nécessiter plusieurs essais. En effet, le partenaire connaît tous les points sensibles de sa conjointe et il usera de multiples stratégies exactement adaptées au caractère, aux qualités, aux faiblesses, aux aspirations de celle-ci pour la convaincre de reprendre la vie commune.

DES PREJUGES PERSISTANTS 
Un milieu social défavorisé ?

La violence conjugale concerne tous les milieux : riches et pauvres, ruraux et urbains, quels que soient le niveau d’étude, l’âge et l’origine culturelle. Il n’y a pas de portrait type social ou psychologique de l’homme violent et de la femme victime de violence conjugale. La violence conjugale est un fait social dont l’origine dépasse les seules explications individuelles. La violence conjugale est le symptôme qui illustre le mieux le déséquilibre des forces dans la relation entre les femmes et les hommes.

Homme violent :

Un alcoolique ? On trouve des raisons communes, au fait qu’un homme boit pour oublier ou pour se laisser aller à exprimer ses sentiments, et au fait qu’il s’autorise à frapper sa compagne. L’association violence = alcool est aussi pratique pour les hommes violents eux-mêmes. Elle permet à certains de se présenter comme irresponsables ou bien elle permet à leurs compagnes d’accepter les excuses de leurs compagnons «quand il n’a pas bu, il est très gentil ». Alcool ou pas, ce sont des hommes qui s’autorisent dans la pensée à utiliser la violence contre leurs proches.

La violence des hommes serait la reproduction de violence subie pendant l’enfance ?
C’est un sujet controversé. La violence physique était fréquente dans l’éducation des enfants des générations passées. Tous et toutes ne sont pas devenues violents pour autant. Ce n’est donc pas une explication satisfaisante.
Sans doute, le fait d’avoir vu son père frapper sa mère ou le fait d’avoir été maltraité dans son enfance produit chez beaucoup d’hommes- et beaucoup de femmes- le sentiment qu’il est normal d’utiliser la violence quand on se pense le plus fort. Pourquoi même ayant été battu, certains frappent et d’autres pas ?

Des causes psychologiques ?
Les hommes violents sont-ils des malades ?
Le plus souvent, on s’imagine les hommes violents alcooliques, traumatisés par un passé d’enfant maltraité ou pervers. Les faits démontrent pourtant que c’est faux. La moitié des hommes violents ne sont pas alcooliques et ne frappent pas sous l’effet de l’alcool. Pour les autres l’alcool agit tout au plus comme un « désinhibant » qui facilite le passage à l’acte violent. Ce n’est pas la cause de la violence.
L’agresseur est fou et pervers ?
Très peu d’hommes violents peuvent être considérés comme des malades mentaux. Ils ont les traits d’hommes ordinaires : collègues de travail appréciés, voisins sans histoire.
Les femmes violentées sont-elles des femmes fragiles ?
De la même manière on s’imagine que toutes les femmes violentées sont plus vulnérables, fragiles psychologiquement, prêtes à se laisser dominer et à se placer en position de victime. Elles seraient en quelque sorte déterminées à être battues. L’expérience montre que c’est faux. Les associations accueillant ces femmes constatent chaque jour l’extrême diversité des parcours et des personnalités.
En somme, il n’existe pas de profil psychologique de l’homme violent ou de la femme victime de violence conjugale.
Un dysfonctionnement du couple ?
Affirmer que la violence conjugale relève d’un mauvais fonctionnement du couple, d’un manque de communication, c’est minimiser la violence qui s’apparente plus à la torture qu’au problème de couple. C’est renvoyer dos à dos agresseur et victime. Si le manque de communication va de pair avec la violence, il n’en est pas la cause.

UN TRANSFERT DE RESPONSABILITE
L’origine essentiellement sociale du phénomène de violence conjugale n’excuse en rien le choix individuel d’user de violence. Déresponsabiliser les hommes violents ne favorise pas leur nécessaire prise de conscience et accroît la culpabilité des femmes.

Des femmes culpabilisées. Quand elles sont victimes de violence, leur première idée est de chercher en quoi elles ont mal agi pour mériter ça. Le discours ambiant ; également, leur renvoie cette culpabilité « Elle l’a cherché, c’est sa faute ». « Elle n’a qu’à partir, si elle reste, elle devient complice ».
C’est parce que la violence agit comme un cercle vicieux, dont il est extrêmement difficile de sortir (difficile de prendre la décision de partir, grande complexité).
Des hommes responsables On a tendance à innocenter les hommes violents en invoquant leurs propres difficultés. . Il faut réaffirmer qu’ils sont responsables. On a remarqué que dans un couple où agit la violence, l’homme exerce une domination forte dans la famille. Le passage à la violence ne correspond pas à une perte de contrôle qui en ferait un acte gratuit. C’est un message.

LES ENFANTS DANS LA VIOLENCE CONJUGALE
Des enfants rendus adultes :
La violence au sein du couple parental perturbe l ‘équilibre des enfants. De plus, elle marque leur rapport à la loi, à la violence et leur future conception des relations entre hommes et femmes. Confrontés à l’insécurité, à l’imprévisibilité des comportements, les enfants sont plongés dans une grande incertitude. Même si elle n’est pas dirigée contre eux, et même s’ils n’en sont pas directement témoins, la violence conjugale affecte les enfants qui la subissent. Enfants spectateurs = Enfants victimes.

Ces enfants exposés traversent 4 phases :
°Devoir de vivre avec le secret
°Vivre dans la peur et la terreur
°Vivre avec un modèle violent
°Vivre des conflits de loyauté.
Ils ne sont pas de simples spectateurs de la violence. Ils s’investissent d’un rôle dans l’histoire familiale. Parce qu’ils se sentent responsables, ils développent un fort sentiment de culpabilité. Parfois, un geste ou une attitude de leur part a servi à une scène de violence. Ils peuvent avoir une influence dans la décision de départ de leur mère. Ce sentiment de culpabilité est d’autant plus fort lorsque les enfants sont pris comme un enjeu entre les parents. Certains enfants se comportent comme de vrais adultes, inversant la relation parents enfants.
Les enfants peuvent utiliser des stratégies différentes selon la réalité qu’ils vivent. Ils peuvent se sentir responsables de protéger leur mère s’imaginant que le pire peut arriver s’ils sont absents, en détournant l’attention du père, en négociant avec lui ou en s’interposant entre les deux parents. Certains enfants, sans même en être conscients, se dissocient de leurs affects, ils « gèlent » leurs sentiments de peur et d’anxiété, parce ceux-ci sont trop lourds à porter.

Se construire dans la violence
Ces enfants apprennent au sein de la cellule familiale que c’est la loi du plus fort qui l’emporte. L’affirmation de soi passe alors par la négation de l’autre. Les notions de règles collectives identiques pour tous, de respect de l’autre sont en contradiction avec ce qu’ils vivent.
De même, ils sont face à un modèle de relations de couple totalement inégalitaires, où la femme est subordonnée à son conjoint par la violence. Le sentiment d’amour est associé à des attitudes d’agressivité et de violence. Dans l’esprit de l’enfant, ces notions se mêlent. Il aura du mal à faire la part des choses.
On ne peut que penser que cela aura des conséquences sur le rapport à la loi, à la reproduction de la violence et aux relations hommes femmes de ces futurs citoyens et citoyennes
Un malaise diffus
Les conflits des parents sont toujours sources de tension et d’angoisse pour les enfants qui pensent qu’ils ont une part de responsabilité. La violence ne fait qu’accentuer ces sentiments. Chaque enfant donne une réponse singulière au malaise ressenti qui peut se manifester de différentes manières : problèmes de comportements ou de communication, (agressivité forte, pauvreté des relations avec les enfants du même âge, troubles du sommeil ou de l’alimentation, difficultés d’apprentissage, désintérêt ou surinvestissement scolaire.

Réduire les conséquences de l’exposition de l’enfant à la violence :
L’une des façons de réduire les conséquences néfastes de cette exposition et de contrer la reproduction des comportements de victime et d’agresseur consiste à intervenir sur les facteurs de protection  en :
- Brisant le secret de la violence
- Augmentant les connaissances de l’enfant sur la violence conjugale, les rôles et responsabilités de chaque membre de la famille afin de d’amener l’enfant à se déresponsabiliser, à reconnaître les différentes formes de violences et à mieux y réagir.
- Brisant l’isolement social
- Elaborant des scénarios de protection : (Connaître une personne en dehors de la famille à qui ils peuvent se référer en cas d’urgence ainsi que les actions appropriées s’ils se retrouvent dans une situation de violence conjugale).

L’intervention auprès de ces enfants peut les amener à se repositionner en tant qu’enfants, et à se consacrer aux activités et préoccupations de leur âge.